Profiter de la vie en se laissant enivrer par la nature. Jamais je n’aurais pu me douter qu’une personne mal intentionnée aurait pu en profiter pour tenter de m’y piéger. Cette ruse aura insurgé en moi une grande méfiance à l’égard des hommes et je souhaite exposer ma réalité, puisque plusieurs femmes choisissent le silence.

Se promener sans jamais se douter

Me voilà marchant seule dans un doux sentier en après-midi. La chaleur d’août plombe sur mon corps, malgré que le soleil daigne se montrer le bout du nez. De magnifiques arbres et conifères bordent le chemin d’asphalte se trouvant sous mes pieds. Le silence règne dans cette forêt verdoyante, c’est l’endroit idéal pour me recueillir dans mes pensées. À la vue de nombreux framboisiers sauvages, mon cœur d’enfant éternel s’emballe. C’est le début de ma quête aux délicieux fruits rouges et sucrés. Chaque baie que je cueille avec délicatesse trouve refuge au creux de ma main.

Sortant tout juste mes pieds de la végétation environnante, j’observe un couple tout au bout du chemin goudronné. Tout deux se tiennent la main : C’est si beau l’amour me dis-je. Je continue ma récolte l’instant de deux plants de framboises, puis me résout à tout arrêter, car j’ai bien trop hâte de les manger, gourmande que je suis! Hop! Je rebrousse chemin vers le chalet, tournant le dos aux tourtereaux faisant leur promenade.

9 framboises, 8 framboises, 7 framboises.

Je me retourne et constate que le couple marche avec plus d’enthousiasme que moi. Voulant préserver ma bulle de calme, je ralentis la cadence de mes pas, me disant qu’ils finiront par me dépasser et que je serai de nouveau seule avec mes pensées.

6 framboises, 5 framboises, 4 framboises.

Je jette un coup d’œil derrière moi pour évaluer la distance des deux individus, lorsque je constate que la femme n’est plus aux côtés de l’homme et qu’elle est retournée sur ses pas. L’homme, dorénavant seul, continue son chemin dans la même direction que moi. Nous ne sommes que deux sur la chaussée en forêt.

3  framboises, 2 framboises, 1 framboise.

Je me retourne encore une fois en direction de la figure masculine. La femme n’est plus dans mon champ de vision. L’homme à chemise bleue carotté, quant à lui, me fait un sourire. J’aperçois ses dents de sa distance ayant significativement diminuée depuis mon dernier constat.

Instinctivement, un signal d’alarme sonne dans ma tête.  Je me souviens de m’être dite à ce moment précis: «Si jamais le gars est mal intentionné, t’es dans la m*rde pi pas à peu près Émilie. T’es dans un sentier dans le bois où chaque côté c’est juste du vert. Les chalets ici sont tous bien éloignés les uns des autres. Y’a personne qui  pourrais t’entendre ou te voir, donc personne pour t’aider si t’es dans le trouble». En en me disant ça dans ma tête, je me suis sentie assez parano et j’ai ressenti de la frayeur. Le monde vont dans les chalets pour relaxer, tout le monde se connaît dans se coin là, voyons!  Étant méfiante de nature, je ne prends pas de chance et je décide d’accélérer le pas pour chasser ces idées. Comme ma mère me disait jeune lorsque je partais à vélo: « Attention! Y’a des maniaques » .

0 framboise.

Tout d’un coup, j’entends l’homme aux cheveux foncés me dire avec un ton de prédation que je n’oublierai jamais : «Hey… Ton beau p’tit cul». Je me retourne brusquement vers lui, saisie par ce que je viens d’entendre. Au même moment, l’homme en bleu se met à courir agressivement vers moi. J’ai tout juste le temps d’enlever mes gougounes, puis je commence à courir le plus vite que j’en suis capable.

J’entend le claquement rapide de ses sandales qui frappent violemment le sol à chaque pas qu’il fait pour se rapprocher de moi. Dans ma tête, ça va à vive allure. Je ne peux pas crier, sinon je vais trop m’essouffler et ce monstre risque de m’attraper. J’entends cette abomination me crier avec jubilation : « T’AS PEUR HEIN ! OUAIS T’AS PEUR ! » en me pourchassant telle sa proie. Ce désaxé s’est ensuite permis de me hurler dans sa course toutes les violences sexuelles et physiques qu’il me réservait au moment où il m’attraperait enfin.

Lueur d’espoir

J’ai couru tellement vite, tellement longtemps, cela m’a semblé une éternité. L’homme d’horreur s’est fatigué de courir avant moi. Il s’est arrêté dans sa poursuite, puis m’a crié : «T’ES CHANCEUSE EN E*TI MA TAB*RNAK!».  Malgré ma difficulté à respirer et mon exténuation, j’ai continué à courir pied nue vers l’entrée du sentier boisé. Lorsque je me suis retournée, la bête était partie se cacher dans les bois. J’avais si peur que ce prédateur refasse surface devant moi dans l’inattendu. Ayant mon téléphone en main, je me suis empressée d’appeler une personne de confiance se trouvant au chalet et je lui ai demandé de venir m’aider. Deux amis se sont déployés pour moi.

Lorsque j’ai vu mon amie au bout du chemin, I lost it all. T’auras jamais vue une fille hurler et pleurer autant que ça de ta vie : État de choc bin raide. C’est comme une vague intense de douleur psychologique et physique qui t’attaque d’un coup. Comme si la faucheuse d’âme était déçue de ne pas avoir pu te rapporter avec elle vers la mort et qu’elle te soupire sur le corps, te paralysant entièrement. Je n’avais jamais ressenti une pareille détresse, une pareille peur pour ma vie, s’en est indescriptible. Une affaire de même ça change quelqu’un en maudit, allo le choc post-traumatique à ce stade de ma vie.

Un dernier mot pour ce monstre

À toi qui ne mérite même pas le titre d’humain, mais plutôt celui de vidange : Tu t’es permis de briser ma confiance envers les hommes, de me faire sentir comme une moins que rien, de vouloir m’enlever ma vie et toute ma dignité de femme, de vouloir user de ta force d’homme contre moi… Je me permets de te dire, sans peur, un gros f*ck you pour avoir chamboulé ma vie de même. Tu as déjà eu assez de pouvoir sur moi comme ça. Chaque jour je fais des progrès et je suis tellement fière de moi. Je continue d’avancer à mon rythme, parce que ce n’est pas vrai que je vais te laisser garder une emprise sur moi.

Photo de Karen Ta