« Crème à la glace, limonade sucrée, dis-moi le nom de ton cavalier » (let’s be honest, tu l’as chanté dans ta tête). Je me souviens que lorsque j’étais au primaire, j’adorais jouer à ce jeu de corde à sauter à la récréation avec mes amies. Ça nous donnait l’impression de pouvoir croire en l’amour, malgré tous les divorces de parents qui éclataient dans beaucoup de foyers.

Avouons-le, quand on avait un kick sur un p’tit gars de notre classe ou de celle voisine, on faisait toujours exprès de s’enfarger dans la corde à danser à la première lettre de son nom. Cette activité nous paraissait définitivement comme une science exacte et un signe du destin, un peu comme nos résultats dans Love calculator. C’était une p’tite dose de confiance avant de donner à notre crush le fameux papier muni des cases oui et non : « Veux-tu être mon chum » .

Si je fais un saut dans notre époque actuelle, mettons que je me suis plantée solide dans la corde à sauter, sur une lettre en particulier. Son nom à lui, il est engravé sur l’enveloppe de mon cœur. Je veux dire, mon plan c’était pas pentoute qu’il se creuse un nid dans mon chest qui n’était libre que depuis quelques mois.  J’étais résolue à ne pas tomber amoureuse. Tout ce que je voulais, c’étais prendre la vie à la légère et passer du bon temps en bonne compagnie. I was so wrong. Je me suis faite avoir dans mon propre jeu et j’me suis perdue dans ses yeux.

J’ai  eu l’idée de coller un timbre plein de salive sur mon coeur pis de le retourner  à cupidon avec la notice : Défectueux, sérieux kessé ça? Ça m’aurait permis de recommencer avec un coeur qui ne rush pas autant pour battre et qui ne saigne pas de plaies encore ouvertes. J’pense que ça m’aurait permis de me sentir un peu moins lourde dans ma cage. Cage thoracique ou cage d’emprisonnement, je l’sais pu. Cupidon me l’a renvoyé et m’a dit : Il est pas brisé, y’a de l’amour dedans. Facile à dire quand l’autre le veut pas ton amour monsieur Cupidon je sais tout, tsé veut dire.

Je veux dire, à quoi ça servirait de m’arracher la chair à coup de scalpel pour que le gars à la limonade devienne illisible pour mes cellules nerveuses? Les séquelles y seraient toujours non? La douleur ne disparaîtrait pas de ma poitrine hein? Peut-être que ça finirait par cicatriser, je l’sais pas. Je suis juste pas game de tester l’expérience, ça fait déjà mal anyway. Mon coeur bat à l’unisson avec son empreinte incrustée au travers mes veines et ce qu’il reste de mon soit-disant corazon, olé, olé.

Lui, il efface les six lettres de mon nom. Elles se trouvent au ras son lit, tels de vieux vêtements retirés par l’élan d’une folie enivrante. Il les ramassent et les frottes à l’aide d’un détachant puissant. Si je me souviens bien, il était écrit « Répulsif pour amour sincère » sur la bouteille. Tel un vulgaire bout de tissus usé, il lance mon nom dans la machine à lavée à la plus haute température, histoire de désincrusté toute trace de mon affection. É-M-I-L-I-E, ni vu, ni connu. Page blanche comme de la poussière d’ange.

Crème à la glace, limonade sucrée, ta corde à danser je l’ai brûlée.

Image par congerdesign